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Evénement

La Batterie

10 ans de campagne musicale

Roulement de tambour. Il est rare que le Ministère de la Défense cède ses casemates à ses collègues de la Culture. C'est pourtant la belle histoire de la Batterie de Guyancourt, l'incontournable pôle culturel des Yvelines, qui ouvrit ses portes il y a dix ans... dans une ancienne batterie militaire, occupée par l'armée jusqu’en 1932, puis par l'industrie. Cinq hectares dévolus non plus aux bidasses mais aux bands, avec salle de concerts de 600 places, studios d'enregistrement, de répétition, un auditorium et une école de musique ! En première ligne des musiques actuelles, la Batterie défend une vision populaire et éclectique de la musique. A l'occasion de ses dix ans, son directeur, Jean-Pierre Piat, nous ouvre les portes du fort musical.

Quelle était l’idée de départ de cette ruche artistique ?
La Batterie fait en effet partie de ses rares lieux, environ une dizaine en France, dédiés à l'activité musicale dans son ensemble. L'idée de la ville était de regrouper toute l'offre musicale sur un seul et même site. Outre la partie diffusion avec une salle de concerts et un auditorium, nous intervenons sur la formation des musiciens, de leur plus jeune âge jusqu'à plus soif (rire). L'une de nos missions est d'accompagner les musiciens tout au long de leur parcours, et pour cela nous avons tout ce dont nous avons besoin à portée de main.

Vous accueillez régulièrement des artistes en résidence. Certains ont-ils fait une grande carrière ?
Oui, Flavia Coelho par exemple, qui était en résidence à la Batterie à ses débuts, ou Biga* Ranx. Quand nous avons commencé à travailler avec lui, il n'était absolument pas connu du grand public, puis c'est allé très vite et il a cartonné ! C'est là le cœur de notre métier : accompagner des artistes en développement et ne pas s'occuper que des têtes d'affiche. A nos yeux, ces dernières permettent de promouvoir une première partie et d'avoir une accroche grand public. Parfois, il nous arrive même de choisir une tête d'affiche selon le jeune artiste que nous souhaitons mettre à l'honneur en première partie ! On prend les choses à l'envers (rire).

La salle est dédiée aux musiques actuelles, ce qui donne un large choix. Avez-vous un penchant pour une esthétique particulière ?
J'espère que non car, l'un de nos objectifs, est d'être le plus éclectique possible. Notre programmation est trimestrielle, cela nous permet de coller à l'actualité, car dans les musiques actuelles, ça va très vite, voire trop. Chaque trimestre, nous faisons en sorte que chaque esthétique soit représentée par une date minimum, qu'elle soit reggae, funk, rock, metal, musiques du monde etc.

La municipalité ne freine-t-elle pas sur certains styles ou artistes polémiques ?
Non. Nous avons une grande liberté au niveau de la programmation, même si, bien sûr, je fais valider le projet par la municipalité puisque nous sommes en régie directe. Depuis que je suis en place, elle n'a jamais contesté nos choix, même quand il y a eu quelques cas litigieux avec la vague du hip hop hardcore, au discours parfois sulfureux. Si c'était le cas, on ne ferait plus rien car le rap est un mouvement de contestation sociale, certes assez rentre-dedans au niveau des textes. Comme le punk à sa grande époque.

Comment résistez-vous à la baisse des subventions ?
On a subi de plein fouet les baisses de financement, notamment celle de l'agglomération saint-quentinoise ces derniers mois. L'avenir est inquiétant et, mathématiquement, nous allons devoir réduire les risques au niveau de la programmation. On évalue chaque trimestre notre capacité financière à proposer telle ou telle affiche hors des sentiers battus. Heureusement, nous sommes toujours accompagnés par certaines aides, notamment du CNV, qui récompensent la prise de risque artistique. Mais je crains qu'à long terme, il y ait de moins en moins de place pour la jeune création...

Pour ne rien arranger, la culture n’a pas beaucoup de place dans cette campagne présidentielle...
C'est une vieille tendance, malheureusement. Je fais partie des gens qui pensent que la culture crée du lien social, qu'une municipalité qui ferait le pari de la financer réduirait ses dépenses d'aides sociales. La culture permet à la population de mieux vivre ensemble, c'est un investissement bien plus large qu'il n'y paraît.

Vous fêtez les dix ans de la Batterie au mois de mai. Comment allez-vous souffler les bougies ?
Nous allons fêter cet anniversaire tout au long du mois de mai : ouverture du bal le 5 avec un concert gratuit de Bazar et Bémols, qui étaient en résidence chez nous, puis nous proposerons ensuite des affiches, dans des styles différents, avec un tarif unique de 10 euros pour nos dix ans. Bref, des prix très accessibles pour des artistes d'habitude bien plus chers, ce sera notre cadeau : il y aura E.sy Kennenga le 6 mai, puis Toots & The Maytals, Julian Perretta, Carmen Maria Vega, et nous terminerons avec le Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou.

—  Youri

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