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Le bon spot

La Gare

Fermée depuis 1934, l’ancienne station abandonnée du Pont de Flandres a rouvert en septembre sous la forme d’un labo-bistrot musical pour tous les voyageurs du jazz, mais pas les pigeons.

La Gare

Pas de train-train dans cette Gare-là, mais des trajets nocturnes dédiés aux improvisations jazz de toutes sortes. Free, forcément. Située à deux pas du CNSM et de la Villette, bordée par les rails de la Petite Ceinture, d’une terrasse de 2000 m2 et d’un chemin pavé pour y accéder, cette salle d’une jauge de 300 places promet sur sa carte "des concerts de jazz qui donnent la banane tous les soirs". « Où l’on a les poils, euphémise Julien Caumer, à l’origine du projet avec Yassine Abdeltif. Priorité à la musique ! Nous essayons de créer les conditions de la magie, de faire en sorte que les musiciens soient heureux d’être là, que le public ait le sentiment d’avoir la chance d’être là, que personne - musiciens comme spectateurs - n’ait l’impression de se faire avoir", explique Julien, célèbre street artist (sous le nom de Julien de Casabianca), qui a repeint des façades dans le monde entier, de Katmandou aux États-Unis.

L’autre undergrond railroad
Pas besoin de billet, l’entrée est soumise à une participation libre et la bière à 2,60 euros, on est loin des clubs VIP et du jazz de salon. Salle bondée pour shows abrasifs, murs de béton bruts et mobilier de récupération, la Gare rappelle les ambiances survoltées des caves de Saint-Germain-des-Prés, quand le jazz finissait en java jusqu’au petit matin (ici, fermeture des portes à 2h du matin). Manu Codjia, Marc Ducret, Pierre Perchaud, Macha Gharibian, Magic Malik, Médéric Collignon, sans oublier les diverses jams sessions… Les plumes du jazz se ruent sur la petite scène depuis la rentrée. Il faut dire qu’ils sont en confiance avec Julien, le fondateur de La Fontaine, un ancien club jazz de la Grange aux Belles, où se pressaient les jeunes talents d’alors, les Yaron Herman, Anne Paceo, Géraldine Laurent etc. Passionné de jazz, Julien est un enfant de la balle, neveu de René Caumer, qui avait créé le Calvi Jazz Festival avec Michel Petrucciani. "J’ai bien trop connu la tristesse des musiciens lassés de se retrouver à jouer dans des lieux non adaptés à leurs projets artistiques..." Le chef de la Gare regrette la gentrification du jazz : "Aujourd’hui, ce répertoire n’est exploité que dans les champs du tourisme et du luxe, alors qu’il s’agit d’une musique populaire à la base. Or, à la Gare comme dans les festivals de jazz, tu vois bien que cette musique traîne un public allant de 18 à plus de 70 ans."

Objectif live
Jeux de jazz, funk, soul, hip hop et même de groove électro expérimental, jeunes loups et vieux briscards, la Gare s’est imposée en trois mois comme le nouveau spot du jazz et de ses divers satellites, à mi-chemin entre scène ouverte et laboratoire de curiosités. A quelques mois du cinquantième anniversaire de Mai 68, ici aussi, il est interdit d’interdire. Une seule règle : ne pas discuter à voix haute quand les musiciens jouent. Pas question de faire tapisserie dans une salle qui n’en a pas, seulement décorée d’un peinture murale de Julien (en plus de sa superbe façade extérieure). Pas de musique enregistrée entre deux gigs non plus, le live est sacré ! "Premier point très important : avec le système de la participation libre, 80% des spectateurs ne savent pas ce qui va être joué sur scène. Le deuxième point central est le live. Il est quand même extraordinaire de s’apercevoir qu’en concert, on a perdu de vue que le plus important était justement le live ! Si tu mets un prix d’entrée, tu peux être sûr que le public va vérifier sur le net si l’artiste du soir va lui plaire, et ce en écoutant des titres sur des fichiers compressés de mauvaise qualité. Or, par nature, la musique live est ce qu’il y a de plus décompressé. Avec une entrée libre, le spectateur pourra se faire son idée : si le concert lui plaît, il profite du spectacle ; sinon il va boire un verre dans le jardin." Autre rareté de la scène jazz : tous les musiciens sont déclarés, selon une logique économique qui repose sur cette participation libre : non seulement les spectateurs donnent "de manière décente" quand on ne les prend pas pour des vaches-à-lait, mais en plus la salle réunit chaque soir entre 500 et 700 personnes, qui se succèdent entre la terrasse et la salle de concert au fil de la soirée.

Dans cette Gare d’un genre nouveau, on se moque des horaires. Pas question de coller à l’actualité des tournées, ni de demander à un musicien de jouer les morceaux de son dernier album, composés deux-trois ans auparavant. "Nous leur donnons des cartes blanches avec des résidences aux long cours, comme pour Rémi Vignoleau qui est en résidence tous les lundis avec un projet groove électro, et ce durant un an ! Ou celle de Magic Malik Fanfare Groove XP tous les mercredis, durant trois mois. Ce sont des rendez-vous réguliers qui permettent au bouche-à-oreille de faire son office. C’est paradoxal : tout le monde s’accorde à dire que le bouche-à-oreille est le meilleur vecteur pour remplir les salles, mais personne ne lui donne le temps d’agir…" A la Gare, c’est possible.

La Gare
1, avenue Corentin-Cariou 75019 Paris - Concerts tous les soirs à partir de 21h. Métro Corentin Cariou.

facebook.com/LaGareJazz

—  Ben

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La Gare

1 Avenue Corentin Cariou Paris 19e

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