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Le New Morning, des lendemains enchantés.

A l’automne 2016, le New Morning fêtera dignement ses trente-cinq ans.

Le New Morning, des lendemains enchantés.

Lendemains enchantés
A l’automne 2016, le New Morning fêtera dignement ses trente-cinq ans. Et pour nous faire patienter, le club de la rue des Petites Ecuries a concocté pour juillet un programme des plus relevés pour son traditionnel festival All Stars, qui nous tient éveillés jusque tard dans la nuit chaque été. Etat des lieux avec Catherine Farhi, sa responsable.

Pourquoi fêter tout spécialement ces trente-cinq ans ?
En fait, tout commence lors des trente ans. Nous n’avions pas pu le fêter comme je l’aurais souhaité. Cela tient à l’ADN de ce club, qui a été l’œuvre de ma mère. Elle s’est embarquée dans cette aventure à soixante ans, un âge où beaucoup peuvent songer à leur retraite. Et donc trente ans plus tard, vous imaginez bien l’âge qu'elle avait. Elle venait encore tous les soirs, mais l’énergie n’était quand même plus la même. De fait, il y a eu quelques années de transition, avec tous les changements qu’il fallait opérer pour prendre un nouveau virage.

Il a donc fallu cinq ans pour fêter les trente...
Il faut toujours faire les choses quand il y a une opportunité positive. Depuis un an, les choses ont beaucoup changé, nous avons initié une radio en ligne, refait le site et nous allons même faire des travaux de rénovation au mois d’août. Un peu comme le logo, qui, peu à peu, s’était étiré, étiolé, perdant de son mordant. Pour nous inscrire dans le futur, nous devons repartir de nos basiques, et c’est d’ailleurs pour cela que l’on travaille actuellement à une affiche qui s’inspire de celles, magnifiques, des premières années. Avec un superbe palmier ! C’est un peu le réveil de la belle au bois dormant.

L’un des piliers de la salle demeure Christine Badier, en charge de la programmation.
Christine a été formée par ma mère, c’est une longue histoire de famille. Nous ne sommes pas un lieu qui va chercher différents programmateurs, il y a une réelle continuité, et cela s’entend. Autrefois, de grands agents qui possédaient de vastes roosters (les artistes qu’ils font tourner, ndlr) étaient incontournables, aujourd’hui cette offre est bien plus éclatée, certains apparaissent, d’autres disparaissent. Nous, nous continuons, et je crois que la longévité est l’une des clefs de notre succès.

En attendant, cet anniversaire commence cet été avec le All Stars, un classique de juillet du New Morning…
Oui, le programme est toujours très bon, sauf que cette fois, il devait être encore meilleur ! C’est le All Stars des All Stars. Au fil du mois, nous allons accueillir des musiciens qui sont liés à cette maison : c’est notre manière de dire "Welcome home !" Ce sont nos amis, certains étaient déjà grands, d’autres ont grandi, mais ils se sentent chez eux au New Morning. Tous font partie de notre histoire, à l’image du saxophoniste Pharoah Sanders, un drôle de bonhomme, qui est régulièrement venu rue des Petites Ecuries, ou Steve Coleman, dont un concert a marqué les esprits au tout début des années 1990. Mais aussi Branford Marsalis, qui joua ici tout jeune, encore tout mince, avec son frère ; Abdullah Ibrahim, un immense pianiste dont je tenais à la présence, que j’ai connu au début sous le nom de Dollar Brand… Et bien entendu un autre très grand pianiste, Randy Weston, qui fêtera avec nous ses quatre-vingt-dix ans. Ce club a accueilli beaucoup de légendes. Tous ceux-là ont fait notre notoriété, beaucoup nous ont suivi depuis les tout débuts à Genève. Car, en vrai, le New Morning est né en 1976 de l’autre côté des Alpes, avec mes frères aînés : ce sont donc aussi les quarante ans qu’on fête cette année !

Et le vrai va continuer à la rentrée…
Cet automne, nous avons prévu une programmation très "mémorielle" : Roy Hargrove avec qui nous avons eu des déboires, Tony Allen qui va jouer un répertoire autour d’Art Blakey, un des premiers à avoir joué au New Morning ; la pianiste Patricia Barber, Bireli Lagrène en version Gypsy, John Scofield, l’ami de toujours qui pourrait faire des salles plus grandes, mais nous reste fidèle ; Boubacar Traoré qui a souvent enchanté le New. Et il y aura bien entendu Archie Shepp, un de nos repères. Nous voulons revendiquer notre passé, mais nous avons aussi pour mission de nous tourner vers l’avenir. C’est pour cela que nous programmons également cet été le trompettiste Théo Crocker, le SoulJazz Orchestra ou encore le Mbongwana Star. Le 10 juillet, il y aura même des jeunes musiciens actuels, lors de la soirée Palestine & out. C’est un clin d’œil à l’histoire de ma famille : quand nous sommes arrivés d’Egypte, sans rien ou presque, nous venions de loin. Pour nous, la France, c’était une renaissance.

Un article à retrouver dans notre magazine d'été.

—  Jacques Denis

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New Morning

7 rue des Petites Écuries Paris 10e

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