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Talisco

Rock — nouvel album : "Kings & Fools" (Roy Music)

Talisco

Crédits photo  —  Yann Orhan

Sous tension. Dans son troisième album, Kings & Fools (Roy Music), Talisco ne louvoie pas : il cogne plein fer, de manière frontale, animale, et polit ses nouvelles pépites pop-rock à la sueur. Façon "rude boy" comme il le chante dans le titre "I’m a dead man", "le portait d’un gladiateur qui monte dans l’arène pour vaincre. Il n’a rien à perdre, il est déjà mort", résume l’artiste qui s’est inspiré des combattants de MMA. La scène est son ring : lui aussi a fendu la cuirasse pour livrer son album le plus personnel, écrit après un marathon de 400 dates : "C’est un album musclé, qui ne ment pas, avec un côté sanguin, nerveux, marqué par l’énergie du live. Je l’ai composé en trois mois seulement, dans la foulée d’une longue tournée, de laquelle je suis ressorti nourri, mais aussi vidé, abîmé… Clairement, j’ai perdu des points de vie, mais je me suis endurci." Il faut l’entendre, Talisco, parler de sa nouvelle mise à nu, de ses fêlures livrées "sans filtre ni maquillage" : regard de braise, mâchoire carnassière, poings serrés quand il explique que sur ce disque, "c’est le physique qui parle, l’audace, le souhait de ne rien céder à personne."

Les bonnes manières, les pirouettes ? Pas le genre de la maison Amandi (non nom de famille) : sirènes de synthés et guitares gâchette, Talisco tabasse de plus belle pour réveiller les anges ramollis par les torpeurs actuelles. Si son précédent opus, Capitol Visions, lorgnait les hauteurs de Los Angeles, pour celui-ci, l’artiste est redescendu au cœur de la ville, dans les jungles urbaines et les fièvres downtown. Dans la mêlée, parmi les rois et les fous, une cour des miracles que le musicien ne cesse de magnifier : "J’aime ce terme de roi, il donne de la hauteur, il élève". Les fous, eux, ramènent sur Terre. Kings & Fools est un manifeste hédoniste : vivre pleinement, ici et maintenant, quitte à se consumer. Pour brûler la chandelle, il faut d’abord l’allumer.

Courant continu, rock alternatif
Dès le premier titre "King for one day", il a choisi une Gibson SG de 1961 pour sonner la charge, comme aux plus belles heures du rock : "Durant l’écriture de cet album, j’écoutais du hard-rock, du glam-rock, ce rock héroïque des années 80/90. J’avais en tête la rudesse des riffs et des phrasés d’Angus Young !" En plus de la six-cordes jouée comme un six-coups, l’alchimiste Amandi a ressorti son sacro-saint synthétiseur Jupiter et un Melotron. Les voix, elles, sont au premier plan, sans autre filtre que celui d’un vieux micro Neumann. Pas question de se planquer derrière quelques effets ("Je ne voulais pas gommer les souffles, les petits défauts organiques, qui font le sel de la musique"), derrière les réverbes déformantes, pas de compromis… Roots et rough, on l’aura compris.

Des claques et des caresses. On retrouve la patte féline du brun ténébreux qui se tanne le cuir au soleil brûlant des déserts californiens. Dans le titre TNT "Black", Talisco le pistolero utilise une guitare flying V Jackson Kelly, branchée sur un ampli Mesa Boogie Dual Rectifier. Gare au déluge de décibels ! Plus loin, les nuages de plomb font place à un soleil blanc de printemps pour brosser le portrait du "Sunny Boy", "un enfant prodige qui n’a pas confiance en lui, à l’image de ces individus que l’on qualifie d’étoiles, mais qui passent à côté de leur propre magie. Quoi qu’ils fassent, quels que soient leurs détours, ils se révéleront un jour ou l’autre." Dans la chanson "Plain", un vibrant hommage à ses grands-parents espagnols, Talisco débute slow tempo pour aller crescendo, comme s’il gravissait une colline ibérique, jusqu’à l’explosion d’instruments punk-rock. Le naturel revient au galop. Lumières, lueurs, "Talisco Sun", un titre solaire qui résonne des visions indie-rock californiennes de son précédent opus.
La tension repose sur un subtil équilibre, un fil ténu sur lequel avance le funambule, balançant entre la chaleur des cordes et la froideur des machines, les déchirures de guitares et les synthés éthyliques, les beats hypnotiques et les percussions, parfois tribales, souvent rentre-dedans. Cet opus fait le grand écart entre clubs intimistes et concerts de stades. Des feux sans artifices : "En vieillissant, j’aime de plus ne plus l’esprit punk-rock des choses. Je préfère les sons bruts et les sales gueules aux productions trop léchées et flatteuses actuelles…" Talisco épure ses compos et durcit le propos.

Album Kings & Fools (Roy Music), déjà disponible.

—  Ben

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Talisco Kings And Fools Tour

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04/12/2019  –  Le Trianon Paris 18

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