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Tribute

Le cas RKK

Un an après son départ, hommage au "connexionneur".

"Salut Rémy, t’es toujours ok pour faire un Top 5 ? - Pas de soucis, je te fais ça la semaine prochaine..." Las, il n’y aura pas de prochaine fois. Ce fut mon dernier échange, le 30 avril, avec Rémy Kolpa Kopoul, qui devait sélectionner cinq titres de sa vaste discothèque mentale, cinq classiques à faire tourner et retourner. Mais voilà, il ne reviendra jamais de Brest, où il officiait en qualité de DJ RKK dans une soirée visant à récolter des fonds pour assurer la scolarité des deux jumeaux de son ami Ramiro Musotto, parti avant lui tout là-haut. Il a tiré sa révérence quasiment en scène, deux semaines après avoir pu enfin aboutir son rêve : une comédie musicale, intitulée "K-Rio-K", qu’il avait mise en chantier dès 1986, s’était jouée au Nouveau théâtre de Montreuil.

Ce 3 mai 2015, la surprise fut aussi immense que le tsunami de réactions sur les réseaux : on le pensait inoxydable, tant il avait survécu à de plus costauds biberonnés aux mêmes carburants, tant il était parvenu à chaque fois à surmonter les pépins de santé qui scandaient son quotidien. Ce qui ne l’empêchait guère de continuer à arpenter les nuits parisiennes à la recherche du son à venir, entendez actuel. Rémy en connaissait long sur l’histoire de la musique, mais il préférait raconter l’actualité des musiciens, ceux avec qui il avait établi une réelle connexion, sa profession affichée sur sa carte de visite. Il faisait le lien entre tous, pour créer d’autres histoires à écrire dès demain… C’était le style de ce grand petit homme, à la paire de bretelles aussi légendaires que ses deux oreilles sans cesse en alerte : les lendemains en chantier, enchantés, voilà ce qu’il traquait night and day.

"Mao d’un jour, mambo toujours !"
Rémy Kolpa Kopoul avait le sens de la formule, et celle-ci faisait doublement sens pour celui qui était entré en musique au cours des années du joli mois de mai. En 1968, le lycéen organise des concerts de jazz et folk tout en fréquentant les bonnes ondes du Pop Club de José Arthur, sa référence ultime en la matière. Dès lors, il va enchaîner, un demi-siècle au service de la musique. Libé, France Musique, France Inter, Radio 7, avant de devenir la voix la plus identifiable de Radio Nova : un grain un rien surnaturel, qui, avec celle tout aussi habitée de Jean-François Bizot, marqua les esprits lors des Voyages improbables au tournant du millénaire. En fait, un bon trip que les amateurs de sons étranges et d’anecdotes bizarres guettaient. Puis ce fut le Contrôle Discal, où ses invités fouinaient dans sa discothèque pour en sortir quel­ques pièces afin de bâtir un portrait sonore. 

Tudo Bom ?
Indémodable, cet héritier des situs se situait au-delà des désuètes catégories. Expert du Brésil ? Bien entendu. Petit père de la world music ? Evidemment. Grand pair du jazz libre ? Pour sûr. Et puis tout le reste, tous ceux qui composent la bande-son de cette planète. Ce sacré bonhomme qui arborait un sémillant "Tudo Bom ?" sur son t-shirt aura traversé sans interdit le spectre des bonnes vibrations sonores : de Chet Baker à Yuri Buenaventura, du funk à la samba, de Manu Dibango à Jun Miyake, de l’accordéon du musette aux platinistes de Londres… C’est d’ailleurs derrière les manettes qu’il entama une nouvelle vie, façon sélecteur/DJ. Au grand bonheur de ses jeunes confrères. Tous se régalèrent plus d’une fois des galettes qu’il passait. Improbable, imparable, son mix ne ressemblait qu’à lui, branché au courant alternatif, un pied dans la proto-électro, un break dans le bon vieux choro, et en avant la zizique. Pas ques-tion de tourner en rond ! C’était cela RKK, de grandes antennes connectées au monde pour en capter la "diversalité", direction plus l’infini : le meilleur remède contre les murs qui se dressent entre tous.

Lundi, c'était Rémy
Cette ouverture, Rémy l’aura aussi partagée au Djamel Comedy Club, où il avait patiemment installé un rendez-vous hebdomadaire. Lundi, c’était Rémy, une bonne façon de commencer la semaine. Chez son ancien protégé qu’il avait vu débarquer chez Nova, il avait trouvé l’espace pour monter des soirées où on pouvait découvrir pour zéro euro ses découvertes ou ses vieilles amitiés. Lui, maître de céans, assurait aux platines. Et tout le monde s’y retrouvait… Tous ceux, ou presque, qui sont venus ici-même le saluer le lundi 4 mai : même mort, il parvenait encore à réunir inconnus et plus reconnus autour d’un même amour, la musique, du genre en direct. Où que vous alliez, vous aviez une bonne chance de tomber sur Rémy posé, aux aguets, un verre de champagne à la main et sa canne de l’autre. Depuis un an, la nuit à Paris n’est plus tout à fait la même, mais il n’est pas rare que beaucoup d’entre nous croient – espèrent – entrevoir sa silhouette, nimbée dans un halo de sons… Rémy, tu peux nous envoyer ton Top 5 ?

Un article à retrouver dans notre magazine de mai.

—  Jacques Denis

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