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Disque

Pokey Lafarge

album : "Manic Revelations"

Pokey Lafarge

Crédits photo  —  Nate Burrel

Rebattre les cartes

Depuis douze ans, le dandy du western swing n’a de cesse d’interroger l’identité américaine à travers les répertoires de l’Ol’time music et du grand songbook US : "Dans un monde globalisé, je pense qu’il y a des parties de notre identité régionale auxquelles on devrait s’accrocher. J’adhère à la vieille idée de l’éthique de travail du midwest, c’est vraiment quelque chose qui s’est transmis dans ma famille, je m’y sens connecté et ça influence mon approche de la musique." Cette fois-ci, la plongée sera à la fois plus contemporaine et intérieure. Une sorte de retour vers le futur décliné dans un nouvel album, "Manic Revelations" (Rounder/Universal), disponible le 19 mai. Après avoir traversé les vertes plaines du bluegrass, du ragtime et de la country dans ses pépites précédentes, l’artiste de Saint-Louis fraye cette fois-ci dans les rock fifties, tel un jukebox humain, à la recherche des sons perdus, ou du moins oubliés. Des révélations en clair-obscur, inspirées par les émeutes raciales de Ferguson et les plongées intimes, façon montagnes russes, autant de chroniques sociales des laissés-pour-compte du rêve américain. "Les ténèbres ? La colère ? C’est dans mon chant, dans ma passion qu’elles ressortent. Entourées de belles paroles et d’une belle mélodie." La musique comme exutoire, une bande-son à réinventer. Premier titre du disque, "Riot in the Streets" : duel de caisse claire et de contrebasse en introduction, avant des déchirures de guitare saturée, Pokey ouvre le bal, pas du genre quadrille, plutôt ronde infernale. Ce sera le fil rouge de cet album plus sombre que les précédents. Musique médecine. Dans le titre "Silent Movie", à la clarinette mélancolique sur lit d’arpèges contemplatifs, Pokey observe un gamin assis dans le métro de Chicago, un casque sur les oreilles. Pas question de lui demander de l’enlever, bien au contraire : "couvre tes oreilles et regarde le monde passer", lui conseille-t-il en substance. Bref, "de trouver sa propre bande-son dans ce pays où il y a, semble-t-il, plus de questions que de réponses". Pokey, jamais menteur, apporte les siennes.

—  Milo Green

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